NOMS de NANTES

La Pilotière
C’est ici que tout a commencé, du moins pour ce qui te concerne, dans ce quartier périphérique coincé entre usine et jardins maraîchers, rencogné entre rails et nationale, fuyant qui vers le Nord, Châteaubriant, la campagne exécrée des dimanches, qui vers l’Est, Paris, la ville capitale, seule échappée quand on n’est pas marin.
Les noms des quelques artères qui l’oxygènent - à peine une dizaine - se voulaient peut-être hommage aux sacrifiés de la Grande, poilus ensevelis pêle-mêle dans la boue des champs d’horreur, morts pour qu’une administration puisse un jour, sans rougir, décréter que telle rue d’ici se nommerait " de Metz ", telle autre " de Toul " ou " de Nancy ", la tienne, celle où tu es né " de Thann ".
Ni cossues, ni coquettes, la plupart des habitations montraient peu en façade, au mieux un jardinet fleuri sans goût, entretenu sans ostentation, tandis qu’à l’arrière, à l’abri des regards, sitôt franchi un couloir latéral à haute porte verrouillée, un potager soigné, souvent jouxté d’un poulailler, voire de clapiers : les souvenirs de faim sont tenaces, le temps du rationnement à peine révolu, sans oublier, ancrée au plus profond de ces petites gens besogneuses, ouvriers fils de paysans, commis corvéables, bonnes à tout faire, eux-mêmes descendants de serfs, la crainte obsessionnelle du manque.
Les Batignolles
Côté nord de la route de Paris, c’était l’usine métallurgiques des Batignolles et dans l’ombre de ses hauts murs un autre quartier, un autre monde, non plus maisonnettes, mais baraquements de bois alignés entre lesquels, sur fils de fer tendus, bleus de chauffe et tricots de corps n’en finissaient de sécher.
Un jour de mai, plus tard, tu les verras les ouvriers en masses menaçantes barrant la route, jusque sur les hauts murs arborant drapeaux et banderoles, ton père haussant les épaules, prolétaire pourtant lui aussi, mais trop nourri de prêches et d’hosties, au ventre la peur viscérale du rouge.
Le Jardin des Plantes
Dimanches de printemps, azalées, camélias, rhododendrons, grands arbres d’essences exotiques, faons nouveaux nés dans les enclos près des grilles, poissons rouges et carpes de belle taille dans les bassins d’eau claire ;
mais ils marchaient dans les allées du jardin comme ils vivaient sous leur toit, séparés silencieux, ton père dix pas devant ta mère, et toi gamin navette courant d’une main à l’autre, disant deux fois les jolies fleurs, deux fois les gentils animaux, histoire de, pour ne pas, jusqu’au jour où lassé, essoufflé, ne te voulant plus ni entre ni avec, tu t’installerais hors de leur portée, dans ton silence, ailleurs.
Ce qu'en dit la presse :
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Lire (mai 2002) |
"En publiant Noms de Nantes, Jacques-François Piquet se savait attendu au tournant. Il relève le défi à sa manière : modeste, attachante et appliquée. Les cinquante-trois fragments qui composent son petit livre sont autant d'épisodes attendus du récit d'enfance mais aussi, et là est leur force, cinquante-trois tentatives pour épuiser le territoire littéraire contenu dans chaque nom de rue. (...)" Philippe Perrier |
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Le Monde des livres (12/04/02) |
"... Les villes changeraient d'apparence et de réalité si on les séparait de certains livres qu'elles ont suscités et dont elles sont, en quelque manière, les coauteurs. Ainsi de Nantes et de l'ouvrage silencieux et justement mesuré de Jacques-François Piquet. (...)" Patrick Kéchichian |
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Décharge N°113 |
"...ces textes s'enracinent dans une veine authentique. D'abord parce que chacun est nommé, d'une rue de Nantes, nom propre, indéniable. Ensuite parce que, de la préhistoire parentale au départ à vingt ans et quelque, ils inscrivent, fixent les moments d'une vie dans ces espaces, rues, places, convoqués moins pour attester la vérité de faits évanouis, que pour les révéler, au sens photographique du terme (...)" Alain Kéwès |
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France-Culture (Multipistes 21/3/02) |
"On parle souvent des lieux de mémoire, en oubliant parfois que chaque lieu a sa mémoire et que dans chaque lieu, il y a de la mémoire qui s'accumule, mémoire de celles et ceux qui ont vécu, ceux qui sont passé ou qui ont rêvé à ces lieux. C'est à travers différents lieux de sa ville natale que JFP recompose sa mémoire d'enfant et d'adolescent." Arnaud Laporte |
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Encres de Loire N°22 |
"Jacques-François Piquet se promène, avec ses Noms de Nantes, à travers les rues et les places de cette ville qui lui évoquent des souvenirs ténus, presque impalpables. Le voyage dans cette géographie intérieure est envoûtant car le lecteur peut toujours, en écho, se laisser aller à ses propres rêveries (...) Ce très beau récit, écrit dans une langue limpide, est complété par une postface de François Bon." Noëlle Ménard
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Le Temps des livres (30/03/02) |
"...ce sont bien ses souvenirs d'enfance qu'évoque, à la deuxième personne du singulier, JFP dans les 53 fragments de ces noms de Nantes, qu'il égrène tel un Petit Poucet ses cailloux. Comme il a grandi dans un quartier coincé entre usine et jardins maraîchers, son inventaire n'a rien à voir avec la cité célébrée par les surréalistes..." Isabelle Martin |
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Le Télégramme (6/03/02) |
"Il y a là tout un petit monde décrit dans un style bien particulier, impressionniste en quelque sorte. JFP semble soliloquer et il a su fort bien faire entendre sa voix, jouant à la fois de la ponctuation et du ton, pour réaliser une chronique provinciale très originale." Yves Loisel |
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Presse-Océan (28/05/02) |
"...parce que JFP a travaillé ces fragments comme de la poésie, avec le souci du rythme et de la musique, le lecteur met ses pas dans les siens, qu'il connaisse ou non le dédale de Nantes. De telle sorte qu'il s'identifie à ce garçon, qui devient son double, son frère, dans cette recherche du temps perdu, des émotions envolées, des sentiments toujours vivant dans le coeur." Alain-Pierre Daguin |
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Ouest-France (28/05/02) |
"...objet littéraire à la beauté fragile... (...)... Dans le fragment et dans l'épure, le livre trouve sa respiration, sa distance, sa vérité littéraire. De même, au carrefour des expériences de Pérec et de la tectonique mentale de Gracq, géographe de strates, il suit un chemin privé à partager, avec ses rues du départ et ses lignes de fuite." Yves Aumont |
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"Un itinéraire nantais, d'enfance, de famille, de souvenirs, ponctué de noms de lieux comme autant de stations...(...) La géographie reconstituée d'une ville pour qu'une vie y trouve son sens en reconstituant les déambulations accidentelles de la mémoire." |
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Le libraire.com |
"La forme d'une ville change plus vite que le coeur des humains", disait en substance Julien Gracq dans le livre qu'il consacra à Nantes, La forme d'une ville. C'est aussi cette forme, les formes de cette ville-corps que Jacques-François Piquet veut approcher ici. Il trace, d'un point à l'autre, d'un nom à l'autre, les points cardinaux d'un temps retrouvé." |
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Brèves (N.65) |
"...les écritures inventives (celles qui ne se veulent pas, mais sont véritablement littéraires) n'ont de cesse de chercher de nouveaux passages vers les intimités fraternelles des lecteurs. Jacques-François Piquet, pour ce faire, a choisi de passer par des noms (...) d'une ville qui est la sienne et qui l'a vu grandir : Nantes. (...) Les distances ici, ne sont jamais que celles du temps, le vrai héros faufilé entre les lignes, entre les noms. Michel Baglin |
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Télérama (22/06/02) |
"L'intimité entre un homme et sa ville. (...) Jacques-François Piquet sait tout de la cruauté et de la pudeur. Chaque ville est faite de strates de mémoire, de littérature, d'histoire. Et l'auteur n'écrit pas innocemment son Nantes..." Michèle Gazier |
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Encres Vagabondes (N°27)
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"Nous sommes nombreux à nous retrouver sous la couverture bleue, dans cette promenade intérieure - et non errance, comme on dit habituellement - orchestrée le long de trois ou quatre décennies, les dernières, à travers les rues de Nantes. (...) Images, lambeaux de vies, morceaux de pensée, écriture poétique et forte. De la belle ouvrage. A lire et à garder dans l'album de mémoires. absolument." Jocelyne Sauvard |
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Rétro-Viseur N°94, oct.03
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"(...)
Autobiographie qui est aussi, par la grâce de cette reconstruction,
par l'intermédiaire des lieux et des noms, littérature.
Et c'est là que ce livre nous touche, car le lecteur, par sa lecture
des Noms de Nantes, peut aussi rechercher ce qui reste enfoui de
son enfance et de son adolescence." Lucien Wasselin,
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